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Zones humides et gaz à effet de serre : une relation complexe

Mar 21, 2022
mjacques

Réchauffement climatique, gaz à effet de serre, puit de carbone… Des termes qui reviennent avec récurrence, depuis quelques temps : de la curiosité à l’inquiétude, ils peuvent générer des sentiments divers. Mais que signifient-ils concrètement ? Et en quoi sont-ils liés aux zones humides ?

Réchauffement climatique et effet de serre

Le réchauffement climatique est dû à l’augmentation des émissions des gaz à effet de serre (GES) dont les principaux sont le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4).

4 minutes pour tout comprendre sur le changement climatique !

 

Les zones humides : puits de carbone

Des tourbières et leur végétation caractéristique

Des tourbières et leur végétation caractéristique

Les zones humides sont des solutions naturelles pour limiter les impacts du réchauffement climatique. Par exemple, les tourbières et les mangroves absorbent le CO2 et le stockent naturellement en grande quantité. Les tourbières, qui ne couvrent que 3% des terres de la planète stockent 30% du carbone terrestre : c’est deux fois plus que les forêts du monde entier !

Malheureusement, les zones humides disparaissent 3 fois plus vite que les forêts. Lorsque ces zones humides sont asséchées ou brûlées, pour le développement des activités humaines (agriculture, urbanisation), elles relâchent dans l’atmosphère tout le CO2 qu’elles ont stocké pendant des siècles. Les émissions de carbone des tourbières détruites équivalent à 10% de toutes les émissions annuelles de combustibles fossiles !

 

Les zones humides : sources de méthane

Avec le réchauffement climatique, la machine à méthane s’emballe !Le méthane est le 2ème gaz à effet de serre le plus important après le dioxyde de carbone, mais il est beaucoup plus puissant que ce dernier. Les écosystèmes aquatiques sont responsables de la moitié des émissions mondiales de méthane1, qui augmentent avec la dégradation de ces milieux : plus un écosystème aquatique est pollué – notamment par les engrais et autres matières organiques issues des activités humaines – plus il émet de méthane. Alexandrine Pannard nous raconte ce phénomène que l’on appelle : l’eutrophisation.

Les zones humides continentales libèrent naturellement plus de méthane que les zones humides littorales, car elles reçoivent énormément de matière organique de leur environnement terrestre – prairies et forêts, notamment. De plus, leur faible concentration en sels dissous ne permet pas d’oxyder la matière organique, et donc d’empêcher la diffusion du méthane vers la surface, contrairement au milieu marin.

Avec le réchauffement climatique, la machine à méthane s’emballe ! Les zones humides des régions chaudes émettent plus de méthane que les zones humides des régions tempérées : donc, plus le climat se réchauffe, plus les zones humides produisent des gaz à effet de serre… et ainsi de suite !

Emissions mondiales de méthane par les écosystèmes aquatiques

Emissions mondiales de méthane par les écosystèmes aquatiques, de la source des rivières à l’océan
(en millions de tonnes par an). En bleu, les valeurs moyennes ; en vert, les valeurs médianes.
D’après Rosentreter et al., 2021, nature geoscience.

 

Quelles solutions pour réduire les émissions de méthane ?

N’allons pas en conclure que les zones humides polluent ! C’est bien leur dégradation, par les activités humaines notamment, qui est responsable de la production de GES. Et heureusement, des solutions existent ! Restaurer les zones humides qui ont été dégradées ou détruites permet de réduire les émissions de méthane.

La production annuelle de méthane de l'élevage et de la rizicultureSur le littoral, la conversion des zones humides d’eau douce en marais salés, en restaurant les courants de marée, est une stratégie prometteuse pour réduire les émissions de méthane tout en augmentant la séquestration du carbone.

En zones humides continentales, comment diminuer les émissions de méthane ?

  • convertir des fermes aquacoles (notamment les élevages de crevettes) et des rizières vers des marais salants et des mangroves ;
  • étudier le placement sur le bassin versant et la profondeur des lacs-réservoirs et mares ;
  • dans les rivières et les ruisseaux, restaurer les milieux benthiques (le fond) des cours d’eau et diminuer les apports de matière organique.

 

Des exemples de restaurations de zones humides

Les palétuviers et leurs racines "échasses"

Les palétuviers et leurs racines « échasses »

Les mangroves sont un excellent exemple de solution fondée sur la nature face au réchauffement climatique ! Au Sénégal, depuis les années 1970, 45 000 hectares d’entre elles ont disparu. Afin de les restaurer, 79 millions d’arbres de mangroves ont été plantés sur plus de 10 000 hectares : c’est le plus grand projet mondial de restauration des mangroves !

Ces zones humides sont riches de super-pouvoirs, elles sont nos meilleures alliées contre le réchauffement climatique !

Grâce à cette restauration :

  • les zones côtières des régions sénégalaises de la Casamance et du Sine Saloum seront protégées contre les tempêtes ;
  • les rizières seront plus prospères ;
  • jusqu’à 18 000 tonnes supplémentaires de poissons seront produites chaque année ;
  • 350 villages locaux et 200 000 habitants, impliqués dans le projet, seront protégés ;
  • et, tout en réduisant les émissions de méthane, ces puits de carbone absorberont 500 000 tonnes de CO2 en seulement 20 ans !

 

Le marais de Tasdon renaturé

Le marais de Tasdon renaturé

Plus près de chez nous, c’est l’ancien marais salant de Tasdon, situé aux portes de La Rochelle, qui a bénéficié d’un projet de renaturation en 2016, dans le cadre du programme « La Rochelle zéro carbone ».

Plus de 150 espèces d’oiseaux concernées, 10 hectares de zones humides créés, 84 hectares de marais et de lacs réaménagés, des plantations aussi nombreuses que variées (64 000 plantes aquatiques, 1 200 arbustes et 115 arbres) : tant de chiffres qui illustrent le caractère exceptionnel de ce projet !

Trois ans d’études et vingt mois de travaux auront permis au marais de « retrouver son schéma hydraulique complexe (entre eau douce et eau salée) et une grande biodiversité, tout en protégeant les habitants contre les risques d’inondation. »2

 

1 D’après une étude parue en 2021 dans la revue nature « geoscience »
2 https://www.lagazettedescommunes.com/780357/eau-biodiversite-climat-les-bienfaits-dun-marais-rehabilite/

Sources :
– Ramsar France : http://www.zones-humides.org/zones-humides-et-changement-climatique
– Rosentreter, J.A., Borges, A.V., Deemer, B.R. et al.Half of global methane emissions come from highly variable aquatic ecosystem sources.  Geosci. 14, 225–230 (2021). https://doi.org/10.1038/s41561-021-00715-2

 


La vue sur le lac de Grand-Lieu depuis la terrasse du PavillonLa Maison du Lac de Grand-Lieu, c’est :

+ de 20.000 personnes touchées par les actions de médiation, dont 15.000 entrées payantes accompagnées d’un médiateur scientifique.
+ de 3000 auditeurs – scolaires et étudiants – accueillis en journées complètes autour de projets pédagogiques.


Crédits photo : Pixabay (tourbières, mangroves) ; Le Parisien / Marianne Bleriot (marais de Tasdon)