Imprimer Imprimer Partager Partage
Facebook Twitter Google +

Youenn Pierre : le « Monsieur Qualité » du bassin versant de Grand-Lieu

Mar 22, 2021
Marion Jacques

Le 22 mars, c’est la Journée mondiale de l’eau ! 💧 Et « pour une meilleure qualité de l’eau, la diversité, c’est la clef ! » : c’est Youenn Pierre qui le dit ! Entre gestion, sensibilisation et acronymes, ce passionné d’écologie aquatique nous raconte ses missions pour le Syndicat du bassin versant de Grand-Lieu et les actions menées pour améliorer la qualité de l’eau, enjeu fondamental pour le territoire.

Bonjour Youenn ! Tu travailles pour le Syndicat du bassin versant de Grand-Lieu : peux-tu nous en dire plus ?

Youenn en sortie nature Marais

Journée mondiale des zones humides 2020 : Youenn aux commandes, les bottes dans l’eau !

Bonjour Audrey ! Le Syndicat du bassin versant de Grand-Lieu (SBVGL) est une collectivité qui a été créée en 2006. Elle réunit 9 communautés de communes autour d’un objectif : gérer de manière cohérente la ressource en eau sur l’ensemble du bassin versant de Grand-Lieu. Un programme commun a été adopté pour améliorer la qualité de l’eau et des milieux aquatiques, d’une part ; et mettre en place des actions de prévention contre les inondations, d’autre part.

Je suis l’un des trois techniciens du SBVGL. Chacun de nous est responsable d’une « thématique » : les marais et le lac de Grand-Lieu, les cours d’eau principaux et les parcelles sur le bassin-versant. Je m’occupe des marais et du lac de Grand-Lieu, c’est-à-dire que je coordonne les travaux sur ces sites.

Qu’est-ce que c’est, concrètement, un bassin versant ?

Carte des bassins versants

La « baignoire de Grand-Lieu » 😉

C’est comme une baignoire dont l’eau ruisselle sur les bords et s’écoule vers la bonde : toute l’eau qui tombe sur le bassin versant de Grand-Lieu s’écoule jusqu’au lac de Grand-Lieu ! Le bassin versant de Grand-Lieu couvre une surface de 850 km² et est formé de 3 cours d’eau principaux : la Boulogne, la Logne et l’Ognon.

Quelles sont tes missions au SBVGL ?

Grand-Lieu est un site Natura 2000 : à ce titre, il bénéficie d’une protection européenne pour sa biodiversité exceptionnelle. En tant que salarié du SBVGL, je suis animateur de ce site : cela signifie que j’anime et coordonne des actions relatives à la préservation, la gestion et la valorisation du patrimoine naturel.

Je travaille avec, entre autres, les gestionnaires des deux réserves naturelles et les exploitants agricoles. Je m’occupe de la gestion administrative des contrats non agricoles : par exemple, la restauration de milieux humides pour les collectivités territoriales. Je gère également les contrats agro-environnementaux, comme les mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) qui concernent les bonnes pratiques d’exploitation et de gestion pour les exploitants.

Enfin, j’anime le contrat régional de bassin versant (CRBV) : il s’agit d’un financement pour la mise en œuvre du Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE).

Ça en fait des acronymes !

[Rires] Oui, je sais, ce n’est pas simple à expliquer ! Le SAGE est un outil de planification locale, institué par la loi sur l’eau de 1992, visant une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau. Il est élaboré collectivement par les acteurs de l’eau du territoire regroupés au sein d’une assemblée délibérante, la commission locale de l’eau (CLE).

Encore un acronyme ?!

[Rires] Oui et le dernier, promis ! La « clé » (CLE) est semblable à un « petit parlement de l’eau » : elle regroupe des représentants de l’État, des collectivités et des usagers (gestionnaires, associations, fédérations de pêche, etc.).

Je m’occupe également de la communication du SBVGL et travaille avec les acteurs du territoire qui sensibilisent à la protection des zones humides : c’est le cas de La Maison du Lac de Grand-Lieu et du CPIE (Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement) Logne et Grand-Lieu.

Quelle polyvalence ! Quel est ton parcours ?

Réunion de la CLE

Réunion avec la CLE du bassin versant de Grand-Lieu

C’est justement ce qui me plaît dans ce poste : la polyvalence ! J’ai suivi une formation universitaire généraliste.  Lors de ma 3ème année de faculté, en licence, je suis parti au Canada, à Montréal. Je me suis spécialisé en environnement et autour du fonctionnement des écosystèmes.

L’écologie aquatique m’a beaucoup plu, c’est pourquoi, à mon retour en France, j’ai continué ma formation en master sur la gestion intégrée des bassins versants puis sur la restauration des milieux aquatiques continentaux. Grâce à cette formation, j’ai pu travailler comme technicien de rivière au Syndicat du bassin versant de l’Oudon puis à la Fédération de pêche de la Mayenne.

Le 22 mars, c’est la Journée mondiale de l’eau : quels sont les grands enjeux autour de cette ressource ?

À Grand-Lieu, l’enjeu principal est la qualité de l’eau. L’eau du lac et celle de son bassin versant sont en mauvais état. Trop de nutriments (phosphores et nitrates), de matières en suspension et de produits phytosanitaires sont retrouvés dans l’eau.

Cette « pollution » a plusieurs origines. Le bassin versant de Grand-Lieu est majoritairement rural, les activités agricoles y sont importantes (polyculture-élevage, maraîchage et viticulture) et elles ont rejeté de nombreuses substances chimiques durant des décennies. On a également connu ce phénomène avec l’assainissement collectif, et parfois encore aujourd’hui avec l’assainissement individuel.

Tu en parles comme d’un phénomène passé : ces pratiques ont-elles cessé ?

Disons plutôt qu’elles évoluent et s’améliorent : de plus en plus d’exploitations agricoles s’orientent vers des pratiques raisonnées ou bio. Mais le bassin versant subit encore les conséquences des aménagements de l’espace réalisés dans les années 1980.

Le remembrement des parcelles, la suppression des haies, le curage des fossés et des cours d’eau et le drainage ont provoqué une accélération du ruissellement de l’eau ; sans oublier l’artificialisation des sols sur les secteurs plus urbains. Lorsqu’il pleut, l’eau entraine avec elle les polluants et fait rapidement déborder les rivières.

 

Comment peut-on y remédier ?

Création de haie sur talue et zone tampon

Création d’une haie sur talus et d’une « zone tampon »

Notre objectif, au SBVGL, est de ralentir l’eau le plus en amont possible, c’est-à-dire « sur les bords de la baignoire » pour reprendre la métaphore. Créer ou préserver des zones humides permet de filtrer l’eau, de limiter les inondations, de favoriser l’alimentation en eau des nappes phréatiques et donc de limiter les périodes d’assec (sécheresse).

Ce qu’il est important de retenir, c’est que TOUT est lié. Lorsque nous travaillons avec des éleveurs pour recréer des haies sur talus et des zones tampons (zones humides) en bas de parcelles, non seulement nous limitons l’impact des exploitations sur la qualité de l’eau, mais nous favorisons aussi l’installation de la biodiversité. Et les troupeaux profitent de zones d’ombrage et de brise vent pour s’abriter ! Tout le monde y gagne !

Nous essayons également de maintenir l’élevage extensif de marais afin de préserver les milieux humides et leur biodiversité grâce à l’usage de pratiques diversifiées que sont le pâturage et la fauche tardive. De plus, nous travaillons de manière expérimentale avec les éleveurs sur la régulation des jussies, espèces exotiques envahissantes dans les marais.

La conclusion d’Audrey

À Grand-Lieu, la qualité de l’eau du lac dépend donc de celle des rivières qui l’alimentent et la diversité ne doit pas revenir seulement dans les prés ! Par exemple, créer des méandres dans un cours d’eau permet de ralentir son ruissellement, diminue le risque d’inondation et favorise la présence de milieux humides de part et d’autre : c’est ce que l’on appelle la restauration écologique des cours d’eau.

À l’échelle mondiale, les milieux humides jouent un rôle capital sur la ressource en eau. Sous nos latitudes, le réchauffement climatique engendre des épisodes de fortes précipitations sur de courtes durées et des périodes de sécheresse de plus en plus longues : la restauration et la préservation des milieux humides est donc essentielle.

 

Interview réalisée par Audrey Cadou, responsable de médiation scientifique à La Maison du Lac de Grand-Lieu.


La Maison du Lac de Grand-Lieu, c’est :

+ de 20.000 personnes touchées par les actions de médiation, dont 15.000 entrées payantes accompagnées d’un médiateur scientifique.
+ de 3000 auditeurs – scolaires et étudiants – accueillis en journées complètes autour de projets pédagogiques.

Pour toute demande d’information, écrivez-nous à : contact@maisondulacdegrandlieu.com
Pour suivre notre actualité, rendez-vous sur notre page Facebook


Crédits photo : V. Bauza, La Maison du Lac de Grand-Lieu